Les Dix Souffles — la garde qui n’est pas une garde

Fiche technique

NatureGarde rapprochée du souverain — et état-major du royaume
EffectifDix. Toujours dix
RecrutementChoisis personnellement par le souverain — seule charge du royaume sans liste ni revue
RelèveChacun forme un apprenti, que le roi confirme ou écarte
AutoritéLe roi d’abord. Le ministre des Armées ensuite, dans leur fonction militaire
PuissanceEntre 8 000 et 20 000 — le plafond de ce qu’un être seul peut porter
Fait d’armes connuLe Massacre du X

On les appelle la garde du roi, et c’est la façon la plus trompeuse de les présenter.

Une garde, ça reste collé aux basques de celui qu’elle protège. Les Dix, non. Vous pouvez passer une année entière à Rhaelis sans en croiser plus d’un ou deux, et il est parfaitement possible que le souverain n’en ait aucun sous la main un jour donné. Ils partent en mission, ils commandent, ils inspectent, ils enseignent. Ils reviennent quand il les rappelle.

Ce qui les définit n’est pas où ils se tiennent. C’est qui peut leur demander quelque chose, et dans quel ordre.

Deux autorités, et une seule qui passe devant

Un Souffle est un officier. À ce titre, il relève du ministre des Armées comme tout le reste de l’appareil militaire (voir L’Armée de Vesperys) : c’est le ministère qui décide des campagnes, des déploiements, des flottes qu’on arme et des hommes qu’on lève. Un Général qui refuserait d’exécuter une décision du ministère ne serait pas dans son droit.

Et pourtant. Quand le roi demande quelque chose à un Souffle, ça passe devant. Toujours. Sans discussion, et le plus souvent sans que le ministre en entende parler.

Le mot « ordre » ne convient pas

Regardez la table des grades : un ministre siège au-dessus d’un Général. Sur le papier, un ministre des Armées commande à un Souffle comme un supérieur commande à un subordonné.

Sur le papier.

Dans les faits, un Souffle a été choisi personnellement par le souverain, le voit quand il veut, et lui parle sans intermédiaire. Cette proximité-là ne figure dans aucun tableau et pèse plus lourd que tous les tableaux. Alors les ministres prennent des pincettes. Ils demandent plutôt qu’ils n’ordonnent, ils expliquent leurs raisons, et ceux d’entre eux qui ne se sentent pas très solides finissent par s’adresser aux Dix comme à des égaux — voire, ça arrive, comme à des supérieurs.

Personne n’a jamais tranché la question. Personne n’y tient.

Ce que le roi peut demander, et comment

Le souverain ne peut pas envoyer la flotte quelque part. Ça, c’est le ministère, et aucun Thraxen — pardon, aucun Vesper — n’a jamais prétendu le contraire.

Ce qu’il peut faire, c’est demander à l’un de ses Dix de partir. Aider quelque part sur l’île, enquêter à l’étranger, aller voir de ses yeux ce qu’un rapport ne dit pas.

La limite n’est écrite dans aucune loi publique, et elle est pourtant parfaitement comprise de tout le monde : le roi peut demander ce qui ne se voit pas — ni du public, ni du ministre quand la mission l’exige. Sortir un navire de guerre du port, ça se remarque. Partir avec dix hommes, non.

D’où une conséquence que personne n’a jamais formulée à voix haute : pour ce genre de course, un Souffle emmène d’abord son apprenti, puis des Gardevesse. Non par affection pour l’ordre religieux — mais parce que les Gardevesse n’obéissent pas au ministère des Armées. Ils sont plus faciles à déplacer, et personne ne tient le compte de leurs absences.

Le nom vient du royaume lui-même. On appelle Vesperys le Royaume aux Deux Souffles ; ceux-là en sont dix, et ils ne dorment pas non plus.

Dix leviers, dix hommes

Voici ce qu’on comprend mal quand on les prend pour des gardes du corps : chacun des Dix occupe un poste réel au sommet de l’appareil du royaume. Ce ne sont pas des soldats détachés auprès du souverain. Ce sont les chefs de ce que Vesperys possède de plus lourd, et ils se trouvent, accessoirement, être ceux qui se tiennent entre le roi et une lame.

Les dix sièges, et qui les occupe aujourd’hui :

SiègeTitulaireÂgeEn charge depuis
Amirale — la seule du royaumeVaenora Selryn14226 ans
Général de l’armée de terreHalvorn Ryse15239 ans
Général de l’armée magiqueTorvyn Anserys15658 ans
Grand maître d’armesBerenn Kaldys16228 ans
Intendant des arméesMarec Thulvane14334 ans
Chef des GardevesseAeden Corviel9011 ans
Cheffe de la garde rapprochéeNaelys Corrand12426 ans
Instructrice des enfants du roiFerane Ilthys1184 ans
Maîtresse du pôle scientifiqueidentité non publique12270 ans
Maître des Veillesidentité inconnue13621 ans

Réunissez-les dans une pièce, ajoutez le souverain : Vous avez le vrai conseil de guerre du royaume. Il n’a pas de nom officiel, pas de salle attitrée, pas de compte rendu.

Quatre femmes sur dix, dont l’Amirale — ce qui explique au passage qu’une vice-amirale gouverne les Trois-Marches sans que personne ne lève un sourcil.

Deux visages qu’on ne montre pas

Huit de ces dix personnes sont connues. On sait qui elles sont, on peut les croiser, l’Amirale fait ses courses au marché.

Deux, non.

Le Maître des Veilles dirige le service de renseignement de la Couronne, et personne ne sait qui c’est. Le siège est enregistré, l’ancienneté est notée, la charge existe et se transmet — mais le nom n’est connu que du roi et d’une poignée de gens qui n’en parlent pas. On ne dit pas « le Maître des Veilles a dit » ; on dit « on m’a fait savoir ».

La Maîtresse du pôle scientifique est dans le même cas, pour une raison que le public ignore et que Vous trouverez plus bas. Le pôle, lui, est parfaitement connu — c’est celle qui le dirige qu’on ne nomme jamais. Soixante-dix ans qu’elle occupe ce siège : c’est le plus long de tous les Dix, et la seule chose qu’on en sache publiquement.

La seule charge que personne ne présente

Tout le reste du royaume se pourvoit par liste. Un gouvernorat, un ministère : le milieu concerné présente trois noms, la Couronne choisit dedans, et la charge est revue tous les vingt-cinq ans (voir Le Pouvoir).

Les Dix, non. Le roi les choisit seul. Pas de liste, pas de milieu à consulter, pas de revue, personne à qui rendre des comptes sur ce choix-là. C’est l’unique exception du régime, et c’est précisément ce qui fait qu’un Souffle est un Souffle et pas un officier de plus.

Toujours dix

Le chiffre ne bouge pas. Il n’y a jamais neuf Mains, jamais onze.

Chacun forme un apprenti, désigné pour prendre sa place — définitivement à sa mort, temporairement s’il est en mission ailleurs. Mais l’apprenti n’hérite de rien : le souverain juge, à l’heure venue, s’il est prêt. S’il ne l’est pas, le roi prend quelqu’un d’autre, et des années de formation partent avec. Personne n’a jamais contesté une de ces décisions à voix haute.

On peut aussi démissionner. C’est permis, et ça n’arrive presque jamais.

Les quatre autres

Thaeryn Vesper règne depuis quatre-vingts ans, et il a remplacé les dix Souffles de sa mère. Pas un seul de ceux qu’Elarine avait choisis n’est resté en charge — le plus ancien des dix actuels tient son siège depuis soixante-dix ans, ce qui situe le renouvellement dans la première décennie du règne.

Six de ces anciens sont morts.

Quatre sont toujours vivants. Quatre personnes qui ont servi une reine, qui portent une Puissance que rien n’a diminuée, et qui n’ont aujourd’hui aucune charge, aucun ordre à recevoir et personne à qui rendre des comptes. Elles vivent quelque part dans l’archipel. Le royaume les a oubliées avec la politesse qu’on réserve aux gens dont on ne sait plus quoi faire.

Rassemblés, c’est un message

Il est rare qu’ils soient dix au même endroit. Ça n’arrive que dans trois cas : la force majeure, la grande cérémonie, et la démonstration.

Le Le Massacre du X relève du troisième. L’Empire venait de réussir un débarquement et avançait dans les terres de Wathelyn ; le souverain n’a pas dépêché d’armée, il est venu, et il a réuni ses Dix. Une armée impériale entière, jusqu’au dernier homme, sans un survivant. Puis des pêcheurs chargés de rapporter le corps de l’Empereur et le récit avec.

Ce n’était pas une bataille. C’était une phrase, prononcée une fois, à l’intention de tout un continent.

Ce que ça veut dire, 8 000

Si Vous n’avez pas l’échelle en tête, elle vaut le détour (voir Système de magie). Entre 1 000 et 10 000, on parle d’« usage de guerre, à l’échelle d’une bataille ». Au-delà de 20 000, on quitte le domaine du possible pour un seul mage : il faut plusieurs mages expérimentés réunis.

Les Dix vivent dans cette bande-là, entre huit mille et vingt mille. Chacun d’eux est, à lui seul, un fait militaire. Le souverain, dont personne n’a jamais publié la mesure, est réputé du même ordre.

À titre de comparaison : l’Empereur watfordian se dit à mille cinq cents.

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