Guerre de Wathelyn

Fiche technique

BelligérantsVesperys (via la Famille Vesper) contre Watfordian Empire
EnjeuPossession de l’île de Wathelyn
DébutIl y a 62 ans — offensive vesperaine
Chute de l’îleIl y a environ 50 ans, sous Aldemar X
StatutActive, jamais formellement conclue
Débarquements impériauxOnze depuis la chute — le dernier il y a 4 ans
Territoire impérial sur l’îleAucun
PertesPrès de 50 000 côté impérial · 6 à 7 000 côté vesperain

Soixante-deux ans. C’est la durée qu’on cite des deux côtés, et c’est la seule chose sur laquelle les deux camps s’accordent.

Trois actes, trois Empereurs

Ne dites pas « la conquête de Wathelyn » comme s’il s’était agi d’un après-midi. Cette guerre a une forme, et elle tient sur trois règnes.

Dix ans à tenir. Korvhan est Empereur quand les voiles vesperaines paraissent. Il ne cède rien. Dix ans durant, l’île reste impériale sous une pression qui ne retombe jamais, et il meurt dans son lit sans avoir reculé d’un pouce. C’est le seul des trois dont on puisse dire qu’il a fait ce qu’il fallait.

Cinq ans à la perdre. Son fils Doryan hérite d’une île assiégée et la perd — vite, dans les premières années de son règne. Puis il refuse d’en rester là. Il rassemble une armée, débarque, avance dans les terres, et manque de la reprendre. Voir Le Massacre du X pour ce qui s’est passé ensuite.

Quarante-sept ans à ne pas la reprendre. Ilvan monte sur le trône à douze ans, le jour où l’on rapporte le corps de son père. Depuis, il lance assaut après assaut. Un seul a vraiment mordu sur les terres — et l’armée impériale s’est fait chasser aussi vite qu’elle était arrivée.

Comment on fait la guerre à six semaines de distance

Les opérations sont dirigées depuis Thatcking par un amiral de la couronne, parce que Watford est à six semaines de courrier du front et qu’un Empereur qui commanderait de sa capitale commanderait des morts.

Le blocus existe et ne sert pas à grand-chose. Les seuls navires qui abordent Wathelyn viennent de l’Île Majeure, sous escorte militaire. On ne bloque pas une île ravitaillée par la marine qui vous a battu.

Les débarquements, eux, reviennent. Un tous les cinq ans au minimum depuis la chute, parfois plus rapprochés. Onze à ce jour. Le dernier remonte à quatre ans. Aucun n’a laissé à l’Empire un port, un fort, une tête de pont — rien du tout. On débarque, on avance, on est repoussé, on rembarque ce qu’on peut.

L’arithmétique que personne ne pose

Près de cinquante mille morts côté impérial en soixante-deux ans. Six à sept mille côté vesperain.

Sept pour un. Ce n’est pas une question de courage ni de nombre : un Elfe Noir naît avec une Puissance que la plupart des Humains n’atteindront jamais au terme d’une vie d’entraînement (voir Système de magie). Une armée impériale qui rencontre une armée vesperaine à effectifs égaux ne livre pas une bataille — elle encaisse.

Tout le monde, dans l’Empire, commence à voir ce chiffre. Personne ne l’a jamais écrit noir sur blanc, et personne ne se l’avoue.

Ce qui la finance

La Levée de Wathelyn, établie « pour la durée de la guerre » et jamais supprimée depuis. Les provinces à assemblée négocient leur part chaque année ; les autres paient ce qu’on leur dit.

Les quatorze pairs, eux, doivent le service d’armes — quarante jours par an à leurs frais, et, clause écrite par les Thraxen dès l’origine, le serment vaut au-delà des frontières. Un pair qui ne veut pas envoyer d’hommes paie à la place, en écuage : la somme qu’il aurait coûté de les lever.

Tous participent. Salinghe et Arbrigue, les deux pairies de la faction de paix, ne versent que de l’argent et n’envoient jamais un homme. C’est légal, c’est irréprochable, et tout le monde à la cour sait exactement ce que ça veut dire.

La flotte n’appartient pas à la couronne. Chaque pairie qui a une côte a ses navires ; celle qu’on envoie devant Wathelyn est un assemblage de tout ça, plus ce que possède l’Empereur. Un amiral de la couronne commande des bateaux qui ne sont pas les siens, prêtés par des hommes qui ne sont pas là.

Deux camps, deux lectures

  • Côté Vesperys : une conquête légitimée par la stabilité et la prospérité économique apportées depuis — voir Humains (Vesperys) pour le détail des fractures générationnelles et de classe sur place.
  • Côté Watfordian Empire : une terre volée, jamais formellement abandonnée. L’Empire nomme toujours un duc de Wathelyn, qui n’a jamais vu son duché et réside sur le continent — un titre sur une carte, entretenu depuis cinquante ans pour ne pas avoir à admettre.

Vu de Rhaelis : une guerre finie depuis cinquante ans

Voilà l’asymétrie qui rend cette guerre insoutenable à raconter honnêtement.

Pour Vesperys, elle est gagnée. Gagnée à la mort d’Aldemar IX, quand l’île a basculé. Achevée pour de bon au Massacre du X, le jour où le souverain est venu en personne avec ses Dix et n’a rien laissé debout. Ce qui se passe depuis n’est pas une guerre : c’est un voisin qui revient frapper à la porte tous les cinq ans, et qu’on renvoie chez lui.

La Couronne ne s’en cache pas. Elle informe le peuple, elle ne dramatise rien, elle n’en tire aucun bénéfice politique — parce qu’il n’y a rien à en tirer d’une victoire acquise avant la naissance de la moitié du royaume. Cinq mille hommes tiennent Wathelyn en permanence, un débarquement se repousse, on rembarque les morts de l’autre camp et on reprend le travail.

Le sentiment dominant à Rhaelis n’est ni la haine ni la peur. C’est l’agacement. On comprend que l’Empire ne puisse pas admettre publiquement sa défaite — n’importe quel royaume ferait pareil. Mais chaque nouveau débarquement rend la chose un peu plus corvéable, et un peu plus difficile à prendre au sérieux.

Et tout le monde, côté vesperain, sait parfaitement que l’Empire ne peut pas gagner. On le dit tout haut. C’est même la position officielle de la Couronne.

Six semaines de courrier d’un côté. Une certitude tranquille de l’autre.

Les eaux thermales

Wathelyn est bâtie sur une faille volcanique, et ses eaux thermales soignent — mieux : elles ravivent la magie de qui s’y baigne. Vesperys les exploite ouvertement depuis la conquête : cures, commerce, et un flux régulier de visiteurs venus d’assez loin pour que l’île en vive mieux que de sa pêche.

L’Empire sait que ces eaux existent, et ce n’est pas pour elles qu’il s’obstine. Le reste — pourquoi Vesperys est venue chercher cette île-là en premier lieu — se trouve plus bas.

Ce que l’Empire refuse de voir

Aucune tentative de traité en soixante-deux ans. Pas une. Ce n’est pas une position stratégique, c’est un caractère : l’Empereur ne veut pas lâcher, et il n’a jamais lâché quoi que ce soit de sa vie.

L’Empire sait, par ailleurs, que les eaux thermales de l’île ravivent la magie de qui s’y baigne. Ce n’est pas pour ça qu’il s’obstine. Ce serait presque rassurant si ça l’était.

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