Aldemar XI — le Précoce

Fiche technique

Nom de règneAldemar, onzième du nom
Prénom d’origineIlvan
SurnomLe Précoce
Âge59 ans
Règne47 ans — monté sur le trône à 12 ans
Régence4 ans, par sa mère, jusqu’à ses 16 ans
PèreAldemar X, né Doryan — mort au combat à Wathelyn
ÉpouseElswynn Wysbrand, de Salinghe
HéritierElrick, 16 ans
Puissance déclarée1 500
DynastieLes Thraxen

Le Précoce. On le lui a donné à douze ans, quand il est monté sur le trône, et à l’époque c’était presque affectueux. Quarante-sept ans plus tard, le surnom est resté. Plus personne ne l’emploie dans le même sens.

Il est un peu rond. C’est la première chose qu’on remarque, et la seule dont on ait le droit de parler. La seconde, on l’entend : une voix haut perchée, trop aiguë pour un homme de cet âge, qui n’a jamais tout à fait fini de muer et qui monte encore d’un cran quand il s’agace. Un Empereur qui donne un ordre en fausset, ça fait un effet particulier sur une salle. Il le sait. Il donne quand même ses ordres.

Quarante-sept ans de règne. C’est plus que tout ce que la plupart de ses sujets ont connu — pour un Humain de l’Empire, il y a de bonnes chances qu’Aldemar XI soit le seul Empereur qu’il aura jamais vu. Et c’est peut-être le pire qu’on puisse dire de lui : ce n’est pas qu’on le déteste, c’est qu’on ne se souvient plus d’autre chose.

Le surnom, et son second sens

Il a hérité à douze ans, sacré tout de suite, régence maternelle jusqu’à seize. Voilà pour l’origine officielle du Précoce.

Il en existe une autre. Ses décisions, tout au long du règne, ont eu quelque chose d’enfantin — l’entêtement de qui refuse de perdre plutôt que la volonté de gagner, la vexation prise pour de la stratégie, l’incapacité à revenir sur une parole donnée un jour de mauvaise humeur. Les pairs appellent ça de la hardiesse, en face. Ils appellent ça autrement dès qu’ils ont tourné le coin du couloir.

Et puis il y a la troisième version, celle des valets et des filles de cuisine, celle qui ne se dit jamais devant un noble et encore moins devant lui : on raconte que ses affaires de chambre ne durent jamais plus d’une demi-minute. Six bâtards reconnus disent que c’est suffisant. La cour trouve la plaisanterie infiniment drôle et n’en rit qu’à voix basse — ce qui est peut-être la définition la plus exacte de ce règne.

Ce qu’on lui reconnaît

Une seule chose, et elle est réelle : il n’a jamais lâché Wathelyn. Quarante-sept ans qu’il refuse de signer, de céder, de reconnaître quoi que ce soit. Pas une tentative de traité en un demi-siècle. Onze débarquements, dont un seul a vraiment mordu sur les terres avant d’être chassé aussi vite qu’il était arrivé. Les pairs de la faction de guerre le flattent là-dessus sans se lasser, parce que c’est le seul terrain où le flatter ne leur coûte rien — et parce qu’un Empereur qu’on flatte est un Empereur qu’on tient.

Ce que ni eux ni lui ne disent : ne pas lâcher n’est pas la même chose que gagner. Son grand-père, lui, tenait vraiment l’île. Ilvan, lui, n’en tient pas un arpent et n’en a jamais tenu. Il appelle ça de la constance.

Et il y a le commencement de tout ça, dont on ne parle jamais devant lui. Il avait douze ans le jour où des pêcheurs de Wathelyn ont déchargé le corps de son père sur un quai impérial, avec le récit de ce qui s’était passé. Voir Le Massacre du X.

La crise du milieu de règne

L’épisode qui a failli tout emporter, et dont l’Empire ne parle qu’à mots couverts.

Le peuple mourait de faim, la guerre de Wathelyn s’enlisait depuis des décennies — et Aldemar a décidé qu’il fallait frapper plus fort. Pas tenir l’île : envahir l’Île Majeure elle-même, porter la guerre au cœur de Vesperys. Une seconde guerre, en somme, greffée sur une première qu’il ne gagnait pas, avec un Empire affamé pour la payer.

L’Empire s’est arrêté à deux doigts de la guerre civile. Puis l’Empereur a changé d’avis, et l’affaire s’est éteinte aussi vite qu’elle avait pris.

Ce que le peuple ignore, et ignorera : ce n’est pas lui qui a changé d’avis. Le clergé l’a fait changer d’avis, et n’a jamais réclamé le moindre crédit pour ça. L’Église est restée dans l’ombre — pas de sermon, pas de proclamation, rien. Voir L’Église d’Aldwyn pour le levier employé, qui n’était pas une menace contre l’Empereur mais contre ses quatorze serments.

Ce qu’il a défait

Son grand-père Korvhan avait passé sa vie à préparer un édit qui aurait interdit la discrimination contre les Humains sans magie. Il est mort avant de le faire enregistrer.

Le texte a survécu au IX, puis à Doryan. Il n’a pas survécu à Ilvan. L’édit a été détruit — pas abrogé, pas discuté, pas soumis aux cours souveraines : détruit, dans les archives de la chancellerie, sans qu’aucun registre n’en garde trace. Cinquante ans de travail réduits à rien par un homme qui n’a probablement jamais lu le texte en entier.

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