Ancelme — l’archevêque qui a couronné un enfant

Fiche technique

TitreArchevêque de Nordhalle, première pairie de l’Empire
SiègeNchamburch — Archevêché de Nordhalle
Âge84 ans
Nommé parAldemar IX, il y a plus de cinquante ans
A sacréAldemar XI, âgé alors de 12 ans
PrivilègeDésigne le Grand Aumônier — donc le confesseur de l’Empereur

Quatre-vingt-quatre ans. Chez des Humains qui en vivent soixante-dix à quatre-vingt-dix, ce n’est plus un âge, c’est un phénomène — et à Nchamburch on ne se prive pas d’y voir la main d’Aldwyn, ce qui arrange tout le monde.

Il a été nommé par Korvhan. Prenez une seconde pour mesurer ce que ça veut dire : la dernière décision d’un Empereur mort il y a cinquante-deux ans est toujours assise sur la première pairie de l’Empire, et n’a pas l’air pressée d’en descendre.

Il a vu arriver le gamin

C’est lui qui a posé la couronne sur la tête d’Ilvan. Un garçon de douze ans, dans une cathédrale trop grande, six semaines après que son père soit mort quelque part sur une plage de Wathelyn.

Quarante-sept ans plus tard, Ancelme le regarde toujours exactement de la même façon. Ce n’est pas du mépris — c’est pire : c’est la patience d’un homme qui a connu l’Empereur en culottes courtes et qui n’a jamais eu de raison de réviser son jugement. Il l’appelle « Votre Majesté » avec une douceur qui, selon les jours, ressemble à du respect ou à quelque chose qu’on réserve aux convalescents.

Ce qu’il a fait, et que personne ne sait

Quand Aldemar a voulu porter la guerre sur l’Île Majeure — un Empire affamé, une guerre déjà perdue depuis des décennies, et un souverain qui décide d’en ouvrir une seconde —, l’Empire est arrivé à deux doigts de la guerre civile.

Ancelme n’a pas menacé l’Empereur. Excommunier un souverain, c’est grossier, c’est spectaculaire, et ça vous met tout de suite dans le camp du perdant. Il a fait bien plus simple.

Il a laissé entendre que l’Église ne bénirait pas cette guerre-là.

Or les quatorze pairs ont juré devant Aldwyn, et pas devant un homme. Une guerre que l’Église refuse de bénir est une guerre pour laquelle le serment ne joue plus. En une phrase prononcée assez bas pour qu’on puisse la nier, Ancelme venait de détacher les quatorze vassaux de leur suzerain — sans lever un doigt, sans écrire une ligne, sans sortir du protocole.

L’Empereur a changé d’avis. Publiquement, spontanément, sans que personne ne l’y pousse. Et l’Église n’a jamais réclamé le moindre crédit : pas un sermon, pas une proclamation, rien. Le peuple ignore, et ignorera, qu’il doit sa paix à un vieillard de Nchamburch.

Le Grand Aumônier

Détail de protocole, conséquence énorme : le confesseur de l’Empereur — le Grand Aumônier, aujourd’hui un homme nommé Sévrin — n’est pas choisi par l’Empereur. C’est l’archevêque de Nordhalle qui le désigne.

Ce qui se dit dans la chambre impériale remonte donc à Nchamburch. Pas par trahison : par hiérarchie. Ancelme n’a jamais eu besoin d’espionner un homme dont il confesse l’âme.

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