La Cour de Watford — quatorze invités et un hôte
Fiche technique
Siège Watford, un ensemble de bâtiments plutôt qu’un palais Régime Mi-fixe, mi-itinérante — au gré de l’Empereur Hôte Aldemar XI Grandes charges Chancelier · Connétable · Grand Chambellan · Grand Maître · Grand Aumônier Statut des charges Vénales et héréditaires — sauf le Grand Aumônier Représentants Un par pairie, résidant en permanence Rite quotidien La Lecture des Pertes
Ce n’est pas un palais, c’est un tas. Des bâtiments accolés les uns aux autres au fil de trois siècles, du très vieux contre du presque neuf, des couloirs qui butent sur des murs qu’on n’a jamais eu le cœur d’abattre, et une aile bâtie sous un Empereur pour effacer celle qu’avait bâtie son père. On appelle ça la cour de Watford parce qu’il faut bien l’appeler quelque chose.
Elle ne reste pas en place. L’Empereur part quand il veut, où il veut, chez qui il veut, sans calendrier ni préavis — et c’est l’hôte qui paie. Loger la cour impériale six semaines, c’est une année de revenus pour une pairie moyenne. Personne n’a jamais appelé ça un impôt. Tout le monde compte les jours.
Les grandes charges
Cinq, et une seule échappe à la règle.
Le Chancelier garde le sceau. Sans lui, aucun édit n’existe. C’est dans sa chancellerie que le texte de Korvhan a été détruit, et il n’a jamais paru trouver l’ordre choquant — sa loyauté ne va pas à l’Empereur, elle va à ses privilèges, exactement comme celle du reste de la cour.
Le Connétable commande l’armée en l’absence de l’Empereur, c’est-à-dire toujours, puisque Watford est à six semaines du front. Il est de la faction de guerre, sans nuance et sans se cacher.
Le Grand Chambellan décide qui entre dans la chambre impériale. C’est, sur le papier, la charge la plus dangereuse de l’Empire — celui qui filtre l’accès gouverne sans avoir à décider. Sauf que celui qui la tient est un proche d’Ilvan et lui est sincèrement fidèle. Pas par calcul, pas par intérêt : fidèle. C’est probablement la seule chose franchement heureuse de ce règne, et elle tient à une personne.
Le Grand Maître tient la maison, la table et les comptes. Il ne dit jamais rien du train de vie de la cour, qui ne baisse jamais, quelle que soit l’année.
Le Grand Aumônier, enfin, confesse l’Empereur — et c’est la seule charge que l’Empereur ne pourvoit pas. L’archevêque Ancelme la désigne. Voir L’Église d’Aldwyn.
Vénales et héréditaires
Les quatre premières s’achètent et se transmettent au fils. Comme les magistratures des cours souveraines, elles ont été vendues par des Thraxen qui avaient besoin d’argent frais, à des familles qui ne l’ont jamais rendu.
Conséquence à peser : l’Empereur ne choisit ni ses juges, ni ses officiers, ni même l’homme qui garde son sceau. Il hérite de la maison de son père comme il hérite de son trône. Le seul homme de son entourage qu’il puisse dire à lui, le Grand Chambellan, l’est par accident — une charge achetée il y a longtemps par une famille dont l’héritier actuel se trouve être son ami.
Le conseil impérial
Il existe, il se réunit, et il rassemble les grandes charges autour de l’Empereur. Ce qui s’y décide dépend entièrement de qui a parlé au souverain la veille au soir — et ça, ce n’est pas le conseil qui en décide, c’est le Chambellan.
Les quatorze représentants
Les chefs de maison restent sur leurs terres, où sont leurs revenus et leurs hommes. Ce qu’ils envoient à Watford, c’est un parent : un frère, un fils, une fille, un cousin. Du sang, pour que l’honneur soit sauf — jamais celui qui décide.
Ils vivent là comme invités, chacun avec son quartier, sans aucune obligation les uns envers les autres. Rien ne les oblige à se parler, à manger ensemble, à se croiser. Ils le font quand ça leur chante, avec l’Empereur ou sans lui, et personne ne tient de registre. Quatorze maisons sous un même toit, qui ne forment ni assemblée ni corps — parce que le jour où elles en formeraient un, il n’y aurait plus d’Empereur du tout.
Le détail qui compte : sept d’entre eux sont des prêtres
Un évêque n’a pas de frère cadet à envoyer, ni de fils, ni de nièce. Les sept pairies ecclésiastiques délèguent donc des hommes d’Église — archidiacres, chanoines, vicaires de leur diocèse.
Faites le compte. Sur quatorze représentants permanents au cœur du pouvoir impérial, la moitié porte la soutane et répond à une hiérarchie qui ne s’arrête pas à Watford. Personne dans l’Empire n’a jamais présenté la chose ainsi. Elle est vraie tous les jours.
Les trois qui pèsent
À table, trois représentants ont le droit de s’asseoir devant l’Empereur quand les autres restent debout : celui de Salinghe, celui de Marlonde, celui de Arbrigue. Ce ne sont pas les plus titrés. Ce sont les trois qu’on ne fait pas attendre.
Et voilà l’anomalie que personne à la cour n’a formulée à voix haute : deux de ces trois-là appartiennent à la faction de paix, celle qui ne compte que deux pairs sur quatorze. Le camp de la guerre a le nombre, les votes, la clameur. Le camp de la paix a les oreilles de l’Empereur trois soirs sur quatre.
Corwin Wysbrand, frère cadet du duc Halden, représente Salinghe. On dit qu’il est son frère en plus jeune, et ce n’est pas une image : même stature, même lenteur, mêmes silences. C’est aussi l’homme d’Elrick à la cour — celui à qui l’héritier parle quand il ne parle à personne.
La Lecture des Pertes
Elle n’a pas lieu tous les matins. Elle a lieu après un débarquement — et comme l’Empire débarque à Wathelyn une fois tous les cinq ans au minimum, il se passe des années entières sans que personne ne lise rien.
Puis les listes arrivent. Le courrier met six semaines à traverser l’Empire, alors elles arrivent d’un coup, en paquet, avec un mois et demi de retard sur les morts qu’elles nomment. Et pendant des jours, chaque matin avant tout le reste, le Grand Chambellan lit les noms à voix haute.
C’est long. Un débarquement raté coûte quelques milliers d’hommes, et il faut plusieurs matinées pour arriver au bout. L’Empereur écoute debout, avec un sérieux qu’on ne lui voit à aucun autre moment. Il hoche la tête. Il fait parfois répéter un nom.
Personne, en quarante-sept ans, n’a jamais osé lui faire remarquer que ces gens-là sont morts depuis un mois et demi et qu’il n’y peut plus rien. Personne non plus n’a osé lui dire ce que tout le monde a fini par calculer : que pour chacun de ces noms, il en meurt à peu près un septième en face.
Les deux mages
Il y en a deux à Watford, et ce sont deux mages de très haut niveau. L’Empereur a demandé leur présence — pour le prestige que ça lui donne, pour former les mages de sa garde, et pour d’autres choses qu’il n’explique pas.
Ils détestent la cour. Ils s’y tiennent à l’écart, ne prennent parti dans rien, et ne parlent que quand on les interroge. Les représentants les évitent ; le Chambellan les tolère ; l’Empereur les exhibe.
Ce sont aussi les deux seules personnes du palais capables de mesurer exactement la Puissance d’un homme. Voir le bloc secret d’Aldemar XI.
La famille sous le même toit
L’impératrice Elswynn tient son rang, assiste aux offices, ne contredit personne. Elle croise aux offices, sans y accorder d’importance visible, certaines des maîtresses de son époux — les unes logées au palais, les autres non, selon un critère que l’Empereur n’a jamais jugé utile de formuler.
Elrick, seize ans, vit dans la bâtisse royale — dans les appartements où son père est censé dormir auprès de sa mère et ne dort pas. Son précepteur a été nommé par l’Empereur ; il a été choisi par l’impératrice et par Corwin Wysbrand, ce qui n’est pas tout à fait la même chose.
Et dans une autre aile, Osric et Danven, vingt-trois ans, officiers dans l’armée impériale, qui se tiennent l’un l’autre pour frères et que personne n’a jamais présentés comme autre chose que les fils de l’Empereur.
Liens
- Situé dans : 03 - Pouvoir & Factions (Watfordian Empire)
- Lieu : Watford · Le Domaine impérial
- Souverain : Aldemar XI · Les Thraxen
- Vassaux représentés : Les Pairs de l’Empire · Les Pairies
- Église à la cour : L’Église d’Aldwyn · Ancelme
- Pouvoir : Le Trône impérial · Les Cours souveraines